Un petit saut dans le passé avec la famille Carité pour découvrir à quoi ressemblait Dives en 1881

Jules Célestin Carité et Louise (Marie) Dondelle arrivent à Dives.

Le 9 février 1880 à 11 heures du matin, Jules Célestin Carité, l'arrière grand-père de mon épouse, orphelin, originaire d'Elincourt Sainte-Marguerite,  se marie à Thiescourt avec Louise Dondelle, originaire de Thiescourt. Ils sont jeunes, lui a 22 ans et elle 17, ce qui ne les empêche pas d'être pleins d'ambitions. Louise n'aime pas son prénom et  choisit de se faire appeler Marie, prénom qu'elle gardera toute sa vie. Jules est maréchal-ferrant et il trouve une place d'aide maréchal-ferrant à Dreslincourt chez Roger Obry qui a alors 38 ans. Il sent que cette position ne présente aucun avenir pour lui et recherche un autre emploi. Il trouve une opportunité à Dives qui présente l'avantage d'être à la fois près de Thiescourt où résident les parents de sa femme et d'Elincourt Sainte-Marguerite, son lieu de naissance. Louis Charles Thiébaud qui est maréchal-ferrant à Dives leur vend sa maison et sa forge et le jeune couple vient s'installer à Dives le 20 décembre 1880.

 Jean Baptiste Dondelle, le beau père de Jules, possède un cheval et une charrette et organise le déménagement de Dreslincourt à Dives.  Par chance, les routes habituellement gorgées d'eau et difficilement praticables sont gelées, ce qui facilite l'opération. De plus, il faut  avouer qu'il y a peu de choses à transporter: un lit, une armoire, une table et des chaises, quelques ustensiles de cuisine et de toilette et surtout le trousseau confectionné par Marie. Ils prennent possession d'une maison parfaitement adaptée à leurs besoins et Louis Charles Thiébaud facilite l'installation de Jules en lui présentant sa clientèle.

Mais à quoi ressemble Dives au début de l'année 1881 ?

Le recensement effectué en 1881 est une source d'information fiable et riche et une partie de ce qui suit en est  extrait. Tous les noms de lieux-dits, de rues et de métiers cités ci-après sont ceux du recensement de 1881. Une autre source d'information sur les communes du département est le "Précis statistique sur le canton de Lassigny" de Louis Graves, paru en 1834. Il a été réédité en 1991 par Des Universis et on peut trouver le texte sur Internet.

La commune de Divesest constituée d'un chef lieu, Dives et de 4 hameaux : Divette, Plessis-Cacheleux, Plémont et Malcampé. Dives et Divette ne sont séparés que par la rivière Divette qui est franchissable par un pont. Ces 2 lieux-dits se touchent donc et dans la vie des habitants, l'ensemble était considéré comme une seule entité. Comme dans tous les villages de la région, la vie tourne autour de l'agriculture et on y retrouve tous les niveaux de l'échelle sociale du monde rural.

Le commerce local procure les produits et services de première nécessité. Pour le reste, on se rend à Lassigny, chef lieu du canton, située à 3 kilomètres. A l'occasion des foires, on se rend à Noyon où se tient le « marché franc » le premier mardi de chaque mois. Les routes de la région sont de très mauvaise qualité ce qui limite les échanges et pénalise le commerce. La mauvaise qualité des voies de communication est un leitmotiv dans les réclamations des habitants depuis la révolution. C'était tout aussi vrai auparavant, mais on ne le leur avait jamais  demandé avant! La vie est donc organisé autour des échanges de proximité.

La totalité des maisons est couverte de tuiles ce qui est exceptionnel pour la région mais l'explication est simple. Le 14 juin 1827, un incendie a ravagé 17 maisons de Dives, toutes couvertes de chaume. Les habitants ont progressivement remplacé les toits de chaume par des toits couverts de tuiles. Thiescourt a subi un sort identique le 31 mars 1828 en voyant la destruction de 22 maisons. Le canton de Lassigny, entre 1820 et 1830 a subi 35 incendies qui ont détruit 90 maisons. La plupart de ces incendies sont à attribuer à la négligence des habitants, même si la clameur publique leur donne pour cause ordinaire la malveillance [Graves]. Les tuiles proviennent principalement d'une fabrique de Lassigny. Il y a bien d'autres fabriques dans la région, mais compte tenu de l'état des routes, on privilégie des matériaux de proximité.

Les murs étaient traditionnellement en torchis et colombages, surtout pour les maisons couvertes de chaume. Pour les constructions récentes, depuis le début du XIX ème, on utilise de la pierre calcaire découpée en blocs réguliers ou de la brique pleine. La destruction des maisons couvertes de chaume par les incendies a fait disparaître par la même occasion les murs à colombages. Toutes les reconstructions depuis 1830 ont fait usage de brique ou de pierre. Les seuls murs à colombages qui subsistent sont des maisons anciennes isolées ou des bâtiments annexes.

Les terres cultivées sont difficiles à travailler car très argileuses. Depuis de longues années il faut pratiquer le chaulage des terres. Cette pratique demande un investissement important et le bénéfice de cet investissement ne se ressent qu'après 3 à 4 ans mais pour une durée d'une dizaine d'années. La pratique locale veut que les baux soient de 6 ans. Il est clair que celui qui investit dans le chaulage, investit pour celui qui prendra le bail suivant. Ce point est mis en avant régulièrement par les agriculteurs, mais rien ne change. En conséquence, on ne chaule pas et la production agricole en souffre. Les zones non cultivées sont boisées. On y trouve principalement du hêtre, du châtaigner, du chêne et du charme.

Et qui sont les habitants? 

Les 327 habitants sont constitués en 110 ménages qui vivent dans 101 maisons. La répartition de la population entre les différents lieux-dits est la suivante:

  •  98 habitants à Dives, le chef lieu
  •  43 à Divette
  • 141 à Plessis-Cacheleux
  • 39 à Plémont
  • 6 à Malcampé (ferme isolée). 

Plémont

A Plémont, les 39 habitants organisés en 13 ménages vivent de l’agriculture et il n'y a aucune autre activité. On y trouve le schéma de la hiérarchie des zones agricoles : manœuvriers (3), journaliers (3), charretier (1), cultivateurs (4), propriétaire ou cultivateur propriétaire (3). Les 2 rentiers sont des rentières, âgés de 57 et 59 ans.

Dives

Du fait de la présence du château, de la mairie, de l'église et du cimetière, Dives mérite son nom de chef-lieu.

On y trouve 3 rues :

  • Grande rue ou rue de Noyon à Beauvais

  • rue de Dives à Lagny

  • rue de Dives à Thiescourt.

Le château emploie un cocher, une cuisinière et un jardinier. Le propriétaire du château, Rémi Bonaventure Anatole Edouard Langlois vicomte de Plémont est le maire de Dives.

L'activité commerciale du chef lieu est représentée par un aubergiste, un cordonnier, une couturière Marie Carité, un marchand épicier, un maréchal-ferrant Jules Carité, et un menuisier qui habitent dans la Grande rue. Une débitante est installée dans la rue de Dives à Thiescourt et un charcutier, rue de Dives à Lagny. Un ouvrier charron habite la Grande rue, ainsi que l'instituteur, Baptiste Dallongeville qui occupe un logement dans les locaux de la mairie école. Les 28 autres ménages exercent une activité directement liée à l'agriculture:  manœuvriers (4), journaliers (1), ouvrier agricole (1), charretier "domestique" (1), cultivateurs (18), propriétaire (3). Le « charretier domestique » travaille chez Paul Emile Desachy.

Divette

Le hameau de Divette comporte 3 rues dont les noms sont très imprégnés du nom de l'affluent local de la Dive, la Divette dont la source se trouve dans les anciennes douves du château.

  • rue de Divette à Thiescourt,

  • rue de Divette,

  • rue des Divettes.

17 ménages vivent de l'agriculture et il n'y a aucune autre activité. On y trouve le schéma habituel des zones agricoles : manœuvriers (2), journaliers (1), cultivateurs (14), propriétaire  (1). Mais on y trouve un personnage important de la commune, le garde-champêtre  et enfin un rentier.

 Plessis-Cacheleux

Plessis-Cacheleux, avec ses 141 habitants est  le hameau le plus important. Il est plus peuplé que Dives, le chef lieu, qui n'en compte que 98 et même si l'on ajoute les habitants de Divette, on arrive juste à égaler la population de Plessis-Cacheleux. Si l'on prend en compte le fait que je réside à Plessis-Cacheleux, certaines mauvaises langues pourraient trouver dans cette remarque une trace de chauvinisme. Je m'en défend avec véhémence. Ce sont les chiffres qui parlent!

On y trouve 4 rues :

  • Grande rue qui, venant de Dive, traverse le village et mène à Lagny,

  • rue du sac,

  • rue conduisant à Malcampé (c'est son nom),

  • rue du château ou du grand jardin.

Le commerce est limité à une débitante et une marchande, Catherine Martin âgée de 81 ans. L'artisanat est représenté par 3 couturières, 2 cordonniers dont un est patron, 1 maréchal-ferrant, 1 maçon et un treillageur. Les 2 cantonniers qui y résident travaillent sur l'ensemble de la commune de Dives. Tous les autres ménages vivent de l'agriculture manœuvriers (6), journaliers (2), ouvrier agricole (2), cultivateurs (27), propriétaire (2) et il faut noter la présence d'un berger.

Avec ses quelques commerces et son artisanat, le hameau de Plessis-Cacheleux constitue une entité relativement autonome.

Mais que signifie Plessis-Cacheleux ?

Cacheleux est un nom courant en Picardie et signifie chasseur de loup. Les familles Cacheleux de Picardie portent 3 pattes de loup sur leurs armes. Quant à Plessis, il s'agit d'un mot issu du latin plectiare qui signifie tresser, entrelacer. Le terme a évolué et on appelait « plaissier » un enclos formé de branches entrelacées. On utilise encore dans certaines régions du centre de la France le terme « haies plessiées ». Le sens a évolué au fil du temps pour passer de « haie » à « palissade » puis « lieu clos » et enfin « lieu fortifié ». Utilisé dans les noms de lieux, Plessis désigne souvent un « château » ou une « maison seigneuriale ». Ceci pourrait avoir un lien avec la présence de la rue du Château à Plessis-Cacheleux mais dans les écrits je n'ai trouvé aucune trace d'un quelconque château à Plessis-Cacheleux.

En prime, un extrait de la carte de Cassini

Carte de Cassini centrée sur Dives

Les cartes de Cassini ont été dressées au cours du 18 ème siècle et les relevés achevés juste avant la Révolution. Les dernières cartes n'ont été éditées qu'à la chute de l'Empire en 1815. Jules est arrivé à Dives en 1880 et les cartes, même si elles ont plus de 60 ans, donnent une bonne idée de ce qu'était le village. En première lecture, on constate que l'orthographe des noms n'était pas figée ; Dives s'écrit « Dive » et Plessis-Cacheleux s'écrit « Plessis Cacheleu ». On constate également que seule une route est représentée; celle venant de Noyon et conduisant à Lassigny. L'absence de représentation des routes secondaires est volontaire. Le cartographe a estimé que les tracés étaient trop évolutifs pour être figés. On ne voit pas le château de Dives, ni l'église, mais en revanche, les moulins, témoins de l'activité artisanale sont très présents : Deux moulins à vent, l'un au lieu-dit La Sevrelle entre Plessis-Cacheleux et Cuy, le second entre Dives et Thiescourt, ainsi que trois moulins à eau sur la Divette.